Colère de la CGT 78 suite à la carte de voeux raciste du commissaire de Plaisir

C’est avec colère que la CGT Yvelines a découvert le 9 janvier la carte de vœux du commissaire de police de Plaisir, illustrée d’un dessin dont le message assume racisme et brutalité policière.

L’année 2020 a été notamment marquée par de fortes mobilisations antiracistes portée par la jeunesse et contre les violences policières et les stratégies de maintien de l’ordre, et par la mise en lumière, y compris par le témoignage d’agents refusant cela, de nombreux cas de brutalité et de racisme, dans des groupes de policiers sur les réseaux sociaux ou lors d’interventions. Une enquête a par exemple été ouverte suite aux propos d’un groupe whatsapp d’agents de la ville de Rambouillet, dont des policiers municipaux et quatre policiers sont poursuivis pour « blessures involontaires » suite à la plainte d’un jeune homme après son interpellation en 2017 à Mantes la Jolie.

Notre département connaît plusieurs affaires particulièrement graves. Nous pensons bien sûr aux 151 jeunes, âgés de 12 à 21 ans, que les forces de l’ordre ont maintenu à genoux, mains sur la tête, à Mantes le 6 décembre 2018. L’IGPN a classé sans suite son enquête en juillet 2019, tandis qu’une juge de Nanterre, où une plainte avait été déposée volontairement plutôt que dans les Yvelines s’est déclarée incompétente en juin dernier, en invitant le plaignant à porter plainte à Versailles. Seul l’agent qui avait filmé les jeunes agenouillés a été sanctionné administrativement. Il est plus que temps de revoir en profondeur les pratiques des forces de l’ordre, qui sont à l’origine de la défiance d’une grande partie de la population, et qui font également l’objet de critiques de la part d’agents de police, tout comme la carte de vœux a fait réagir des policiers du commissariat de Plaisir.

Nous pensons aussi aux interventions policières lorsque des lycéens se mobilisent, en particulier dans les quartiers populaires. Nous n’oublions pas Ismaël Deh, un travailleur sans-papiers qui avait pris contact avec la CGT quelques jours avant de mourir, le 30 avril 2018, après avoir été heurté par un véhicule de police alors qu’il fuyait un contrôle devant le château de Versailles. Il avait travaillé plus de 15 ans à la plonge dans un restaurant à Cannes avant de revenir dans les Yvelines. Si la régularisation était facilitée, si des canaux d’immigration légale existaient, un tel drame n’aurait pas eu lieu. Il n’y a plus de nouveaux rendez-vous pour la régularisation par le travail ou pour les familles ayant des enfants scolarisés à la Préfecture des Yvelines depuis le 1er confinement en mars 2020 et au moins jusqu’en avril 2021, ce qui laisse des centaines d’Yvelinois dans la précarité et la peur d’une reconduite à la frontière. Pour les autres motifs de régularisation ou pour le renouvellement de son titre de séjour, tout se fait par internet alors qu’il s’agit de public pour qui l’usage des outils numériques n’a rien de simple. Le manque de personnel n’y est pas pour rien et aggrave la situation des usagers tout en dégradant les conditions de travail des agents.

Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si la carte de vœux raciste émane du commissariat de Plaisir, qui héberge également un centre de rétention, où sont enfermés les sans-papiers menacés d’expulsion.

Un des projets phares de la majorité gouvernementale, bien représentée parmi les députés des Yvelines, sera en ce début d’année 2021 le projet de loi « séparatisme/respect des valeurs républicaines. » La laïcité a pour objectif principal de garantir les libertés et l’égalité. L’État se doit justement d’être neutre et laïc pour permettre aux citoyennes ou citoyens d’exprimer librement leurs idées, dans la mesure où cette expression n’empiète pas sur la liberté d’autrui. La CGT est attachée à cette définition de la laïcité et rejette l’instrumentalisation qui en est faite, notamment par un président qui aime à citer des auteurs d’extrême-droite, Maurras par exemple.

Ce projet de loi porte un héritage colonial raciste et s’inscrit dans un contexte marqué par une recrudescence d’actes et de paroles racistes dans le débat public. Pour les Yvelines, on peut citer les inscriptions antisémites (croix gammées, croix celtiques et le terme « juden ») sur le campus de HEC à Jouy en Josas en octobre 2018 ou les croix gammées et « juden raus » écrits par un agent du conseil départemental dans des rames de train (il a été arrêté en février 2019 et condamné), l’incendie criminel en 2016 à Louveciennes sur un site qui devait accueillir des exilés mais aussi ce militant d’extrême-droite condamné en juin 2019 pour insultes racistes envers un policier à Versailles. Signalons d’ailleurs que parmi les personnes d’extrême-droite arrêtées pour projet terroriste ces dernières années figurent au moins un Yvelinois, ancien enseignant et ingénieur chez Thalès. La lutte contre la radicalisation, tant djihadiste que suprémaciste, mériterait d’autres outils et plus de moyens que ceux existant.

Plutôt qu’un texte dont le gouvernement assume qu’il vise particulièrement les musulmans, soupçonnés par principe, il convient de mettre fin aux contrôles au faciès et aux violences policières, de régulariser les sans-papiers, de combattre les propos appelant à la haine et au meurtre, d’où qu’ils viennent et d’agir concrètement pour l’égalité au travail et dans la vie quotidienne.

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