La CGT 78 alerte sur l’hécatombe dans les maisons de retraite

C’est à une hécatombe que nous sommes en train d’assister. Voilà les mots qui nous viennent au fur et à mesure que se multiplient les témoignages alarmants de salariés des établissements de santé.

« On a un cas covid chez les résidents, plusieurs arrêts. On n’a qu’un masque par jour, on en veut un peu plus. » « La situation devient inquiétante chez nous. Plusieurs vacataires ont annulé leurs vacations et dans les étages il y a du sous-effectif, elles étaient peu nombreuses, à ce rythme même sans contamination on va rester sur le carreau. » « Je ne cache pas que l’ambiance est tendue. Les salariées ont peur pour elles et leurs familles. » « On est solidaires et fait du mieux qu’on peut pour maintenir le moral de nos aînés. » « Nous tenons le coup malgré le stress que nous subissons » « Les masques nous ont été refusés jusqu’à un cas de covid chez une soignante, nous devons demander les masques qui nous sont donnés un par jour »

Nous avons recensé 27 décès parmi des résidents et une trentaine de salariés contaminés sur moins de 10% des EHPAD du département et en à peine une semaine. Un chiffre qui interpelle quand on le compare à celui donné hier soir de 884 décès en EHPAD en France… De nombreux établissements n’ont reçu de masques qu’en milieu de semaine dernière et souvent après les premières contaminations. Le nombre de masques restent insuffisants par rapport aux recommandations et à la durée d’efficacité des masques. Le constat est le même pour bien des ambulanciers, des structures médico-sociales, de l’aide sociale à l’enfance et des salariées de l’aide à domicile.

Dans les hôpitaux aussi, la situation est tendue, comme on dit désormais, par rapport aux équipements individuels de protection. Cela va des surblouses aux essuie-mains à usage unique. La semaine dernière à l’EHPAD Châtelain Guillet, le personnel aide-soignant a travaillé pendant plusieurs jours sans gel hydroalcoolique. Les infirmières avaient juste un petit gel hydroalcoolique à garder sur elles. Les masques chirurgicaux sont aussi comptés, 2 pour le personnel de jour et 3 pour le personnel de nuit. Par ailleurs, dans certaines collectivités les agents en charge de garder les enfants de personnel soignant sont également sans masque, ou avec des consignes de ne pas les utiliser pour gérer la pénurie. Cela fait porter une lourde responsabilité en termes de chaîne de contamination.

Si des salariés exercent des missions essentielles, il convient de les protéger au maximum. Mais puisqu’il y a un manque de masques, puisqu’il y a également un manque de tests (et que les faux négatifs représentent une proportion non négligeable dans les tests actuels), il n’est pas concevable que des salariés dans des activités non essentielles travaillent et par conséquent utilisent des masques qui font défaut dans des métiers où le contact humain est au cœur de l’activité tout en s’exposant et en favorisant la propagation du coronavirus.

En effet, dans l’industrie ou la chaîne logistique notamment, plusieurs sites sont restés ouverts ou préparent la réouverture, et ne semblent pas avoir de difficultés à s’approvisionner en masques ou gel hydroalcooliques, comme le signale le syndicat Safran SQY. De nombreuses entreprises se découvrent, face à des salariés qui ne comprennent pas qu’on leur demande d’aller travailler alors que le mot d’ordre est « restez chez vous » ou qui y vont la peur au ventre, pour éviter des baisses de revenus ou parce qu’ils ont peur de perdre leur emploi, qu’elles ont une « activité essentielle », ce qui est parfois juste, mais plus souvent discutable. Il a fallu deux semaines à la direction de Safran Aircraft Engines pour mettre en avant la réparation de moteurs d’avions de fret, alors qu’il serait sans doute envisageable de patienter quelques semaines. Le transport de marchandises ne se fait pas principalement par avion, mais par la route (plutôt que par les voies ferroviaires d’ailleurs) et dans le même temps l’entreprise envisage le maintien du chômage partiel jusqu’à la fin de l’anneé… Que dire de Selmer, fabricant d’instruments de musique, dont la réouverture fait dire à des salariés qu’ils ne veulent pas mourir pour l’entreprise ?

Chaque site ouvert engendre des déplacements dont certains en transports en commun, oblige la venue des salariés sous-traitants pour le nettoyage. Ces derniers, étrangers dans une écrasante majorité, sont bien souvent les oubliés des mesures de protection et des messages publics de prévention. Si les affiches sur Santé Publique France ont été traduites en une vingtaine de langues, les supports audio et vidéo ne sont qu’en français… Tant pis pour ceux qui n’ont pas pu aller à l’école et que leurs entreprises n’ont pas formés au français ?

Par ailleurs, de nombreuses entreprises ne communiquent pas en cas de contamination suspectée ou avérée et nous doutons que toutes prennent les mesures adéquates. Un rappel serait particulièrement important, notamment pour les entreprises ou collectivités de petite taille qui disposent de moins de moyens de s’informer, où le personnel a moins de moyens de se défendre, d’autant plus que l’activité des services de l’inspection du travail sont particulièrement entravés dans cette période.

Aujourd’hui, celles et ceux qui prennent en charge des publics fragiles sont exposés, tombent malades, parfois en décèdent. Les salariés les plus précaires, et notamment les femmes, sont les plus pénalisés, au travail ou confinées.

Nous reprenons totalement à notre compte cette phrase de la lettre ouverte de notre Union Syndicale des Retraités au Préfet, restée à ce jour sans réponse : La qualité d’une politique publique se mesure à l’aune du sort réservé aux plus fragiles.

C’est pour quoi nous vous demandons solennellement :

  • de faire arrêter les activités non indispensables afin de permettre le confinement et donc la protection des salariés, comme cela s’est fait en Italie et en Espagne, parfois sous la menace d’une grève des salariés
  • de saisir de ces entreprises l’intégralité des masques quels qu’ils soient pour équiper tous les soignants et aidants, malades, résidents et services de secours, ainsi que les salariés des secteurs essentiels (alimentation, transport, nettoyage, collecte des déchets…)
  • de maintenir la rémunération intégrale des salariés et de prendre un moratoire pour le paiement des loyers ou crédits immobiliers des particuliers, notamment les plus précaires (étudiants, chômeurs, salariés en activité partielle…) et une hausse des allocations.
  • de promouvoir une politique de dépistage respectueuse des libertés et de faire respecter les obligations des entreprises en cas de suspicion de contamination (désinfection, information des cas contacts) avec information des représentants du personnel et des unions départementales
  • de doter de masques FFP2 les salariés indispensables à la gestion de la crise comme le recommande la circulaire DGT 2009/16 du 3 juillet 2009.

Trappes, le 3 avril 2020

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