La CGT 78 interpelle sur la sortie du confinement et le traçage numérique

Voici le contenu de la lettre adressée le 27 avril 2020 aux députés et sénateurs yvelinois.

L’annonce d’une sortie progressive du confinement a visiblement été prise par une large partie de la population comme un moyen de contraindre les salariés à accepter un retour au travail pour ceux qui sont en télétravail ou en chômage partiel et par de nombreuses entreprises comme un feu vert immédiat à la reprise d’une activité plus intense, ce qui est gros de risques sanitaires.

Le motif officiellement évoqué par le Président de la République pour rouvrir les écoles a été la lutte contre les inégalités. Les premières pistes évoquées sont pourtant loin de répondre à cet enjeu, déjà délaissé avant la crise sanitaire et qui ne semble pas plus prioritaire aujourd’hui ?

Pourquoi ne pas faire revenir à l’école uniquement les enfants en difficulté, si tel est l’objectif affiché dans le discours présidentiel ?

Aujourd’hui, de nombreuses familles sont inquiètes concernant la sécurité sanitaire en milieu scolaire. Si le retour à l’école se fait sur la base du volontariat, où est la lutte contre les inégalités, au niveau des familles et des territoires ? Pouvez-vous nous confirmer que si des parents refusent d’envoyer leurs enfants à l’école et doivent les garder, ils bénéficieront toujours du dispositif « arrêt garde d’enfants », basculé à partir du 1er mai sur l’activité partielle, donc uniquement sur dossier de l’employeur à la Direccte ? Cela peut-il être soumis à autorisation de l’employeur, alors que certains enfants peuvent avoir des maladies chroniques laissant craindre des risques de complication en cas d’infection au Covid-19 ? Qu’en sera-t-il aussi pour les salariés dont la rentrée de leurs enfants est échelonnée jusqu’au 25 mai ?

Pour la CGT, nous estimons que ce n’est pas aux salariés d’être victimes de cette crise sanitaire et sanctionnés financièrement par les mesures de confinement et c’est pour cela que nous réclamons le maintien de leur salaire à 100 % quelle que soit leur situation de travail (garde d’enfant ou chômage partiel) sur l’ensemble de la période de confinement.

Qu’est-il prévu pour les enfants en situation de handicap et leurs accompagnant.es AESH ? Certain.es de ces salarié.es, particulièrement précaires, mal payé.es, mal formé.es et peu considéré.es, sont affecté.es sur plusieurs écoles et la réalité de leur travail les conduit à être à quelques dizaines de centimètres des élèves. Les conditions de travail des ATSEM sont d’ailleurs similaires.

Par ailleurs, quelle est la situation des établissements scolaires yvelinois en termes de points d’eau ? de savon (oui, nous en sommes là en 2021, se demander s’il y aura du savon dans les écoles, d’ailleurs c’est même habituel dans des établissements du second degré) ? de superficie des classes par rapport au nombre d’élèves et en tenant compte de la nécessité de circuler ? quelles mesures de désinfection, des locaux et du matériel (notamment dans le premier degré et l’enseignement professionnel) et comment seront-elles financées ? Que des adaptations soient possibles, en fonction des conditions locales, n’est pas forcément une mauvaise chose en soi, mais s’il n’y a pas de moyens supplémentaires, il n’y aura d’adaptation qu’aux contraintes et poursuite des inégalités. Rien n’est clair sur ce qu’il advient des enfants quand ils ne sont pas en temps scolaire, puisque la classe est censée se faire en petit groupe…

La consultation des instances représentatives du personnel pour tous les salariés concernés (Educations nationale, collectivités territoriales, prestataires privés), mais aussi des instances où sont représentés parents d’élèves et le cas échéant élèves sera-t-elle respectée ?

Plus largement, quelles mesures comptez-vous porter pour revaloriser les métiers de l’enseignement et de la recherche, ainsi que les métiers de la petite enfance, à commencer par les assistantes maternelles et auxiliaires parentales et donner plus de moyens à l’éducation publique ?

 

Sans attendre le 11 mai, les magasins de bricolage rouvrent les espaces libre service, les enseignes de l’alimentaire veulent revenir aux anciens horaires et arrêtent le filtrage des clients (parfois tout simplement par manque de personnel), une partie des sites de la métallurgie font revenir le personnel ou s’y préparent. Les salariés de la sous-traitance, dans le nettoyage et la sécurité, sont de plus en plus nombreux à aller travailler, alors que la plupart des entreprises qui les emploient ne leur fournissent aucun équipement de protection. Dans plusieurs cas, ce sont les représentants du personnel CGT qui ont fait en sorte que l’entreprise cliente fournisse des masques aux salariés prestataires. Certaines entreprises commencent à réfléchir à la réouverture de la restauration collective, tandis que d’autres qui ont absolument refusé de fermer depuis le début du confinement, ne serait-ce que pour la désinfection des locaux et une réflexion sur la réorganisation de l’activité en tenant compte des mesures de protection envisagent aujourd’hui du chômage partiel. C’est notamment le cas de la société Bronzavia à Sartrouville, où il a fallu la détermination de notre élue CGT au CSE et un suivi conséquent de l’inspection du travail pour que des mesures soient prises.

La question des salariés d’entreprises prestataires et intérimaires est essentielle. Ces salariés, notamment dans les métiers du nettoyage, de la restauration collective ou de la sécurité, ont peu de contact avec leur employeur, vont rarement dans les locaux de leur entreprise. Ils travaillent souvent sans aucun équipement de protection, sans information sur le coronavirus et les modalités de contamination, d’autant plus s’ils ne maitrisent pas le français. Ils peuvent intervenir sur plusieurs sites et sont de ce fait à la fois particulièrement exposés.

Quelles mesures sont prises pour protéger ces salariés, aussi bien du côté de leurs employeurs que du côté des entreprises utilisatrices, qui ont également une responsabilité à leur égard ?

Ce sont aussi les secteurs, avec le bâtiment, où travaillent de nombreux salariés étrangers, parfois sans-papiers. A quand une mesure de régularisation qui mettrait un terme à la précarité administrative et à l’imposition par des employeurs de conditions de travail indignes ?

Se pose la question des transports en commun, lieux confinés et de contacts rapprochés par excellence, notamment dans la région francilienne. L’offre de transport est actuellement réduite, et ne reviendra pas à 100% le 11 mai. Pouvez-vous garantir la capacité à fournir à l’ensemble de la population, et particulièrement à toutes les personnes qui travaillent des masques de bonne qualité, gratuitement et en quantité suffisante ?

Des propositions ont été faites concernant l’étalement des horaires de prise et de fin de poste dans les entreprises. Pourquoi ne pas plutôt envisager une réduction du nombre d’heures travaillées, avec maintien de salaire et si besoin des embauches ? Cela permet d’étaler les horaires d’arrivée et de départ sans pour autant faire commencer très tôt ou finir très tard certains salariés, ce qui permet également une meilleure conciliation du temps professionnel et du temps privé à laquelle aspire un grand nombre de salariés.

Si la poursuite du télétravail quand il est possible semble une évidence, nous tenons à rappeler que celui-ci s’est mis en place le plus souvent de dans mauvaises conditions et qu’il convient d’y remédier car c’est tout à fait possible sur certains points : adaptation de la charge de travail aux réalités (notamment le cumul télétravail- garde d’enfants/continuité pédagogique, qui ne devrait en théorie pas exister), prise en charge des frais par les employeurs, fournitures de matériel (équipement informatique ou repose-clavier, repose-poignet pour limiter les troubles musculosquelettiques…), respect des temps de travail et du droit à la déconnexion.

Un débat parlementaire est prévu demain sur l’éventualité d’une utilisation d’application de « traçage numérique » des personnes contaminées ou exposées.

Nous souhaitons connaître votre position à ce sujet, en tant que représentant parlementaire, et vous faire part de nos réserves sur de tels outils.

Aucune crise ne se règle par des mesures sécuritaires, et c’est à cette catégorie qu’appartient le traçage numérique. Les atteintes aux libertés individuelles seraient réelles avec de tels outils, qui ne font l’unanimité ni dans la communauté scientifique ni dans celle du numérique. Nous vous renvoyons à la tribune signée notamment par l’UGICT-CGT et la Quadrature du Net parue dans Le Monde.

L’exemple des débuts de l’épidémie liée au VIH devrait inspirer des leçons et d’autres solutions. La vision induite par un outil de traçage numérique est bien particulière : cela focalise l’attention sur les individus, laisse se développer l’arrière-pensée que les personnes contaminées ou exposées pourraient être responsables ou dangereuses pour les autres. Il y a eu suffisamment d’exemples dans la presse de réaction de rejet venant de voisins d’agents hospitaliers pour établir un risque de stigmatisation. Or tout ce qui vient stigmatiser est totalement contre-productif en matière sanitaire ou sociale. Cela conduit à l’effet inverse de celui recherché : refus de déclaration, de dépistage ou de recours aux soins notamment. Ce qu’il faut développer, c’est une mise à disposition massive et gratuite de moyens de protection (masques, gel hydroalcoolique), c’est une politique de dépistage ambitieuse et largement accessible, y compris sous forme anonyme, c’est une politique d’information et d’éducation scientifique, c’est de développer une prise en charge sanitaire et sociale humaine.

Le programme Covisan qui a été lancé par l’APH-HP montre deux choses : les réticences et inquiétudes des personnes à qui l’on propose le test, que les échanges et explications permettent souvent de lever ; et la nécessité de solutions sociales autant que sanitaires. Tant qu’il y aura des logements suroccupés ou des personnes à la rue, tant que la situation financière imposera des prises de risques, ceux auxquels on s’expose en allant travailler par exemple, on ne résoudra pas la crise sanitaire.

Quelles mesures comptez-vous promouvoir pour mettre fin aux situations de mal-logement, de pauvreté et de précarité ?

Le manque de moyens matériels et humains, résultats de nombreuses années de politique d’austérité et de casse de la Sécurité Sociale, de la santé publique et du social est en grande partie responsable de l’ampleur de l’épidémie. Le désastre des décès et contaminations dans les EHPAD en est une illustration parlante : l’absence de tests, la mise à disposition tardive de masques et équipements de protection, en plus du manque chronique de personnel, ont conduit au décès en établissement de 368 résidents d’Ehpad dans les Yvelines (ceux-ci étant à environ 80% privés et souvent lucratifs, avec un prix médian de l’hébergement de 3000€). Il y avait au 24 avril 398 décès hospitaliers recensés dans les Yvelines. La moitié au moins des décès liés directement au Covid-19 sont des résidents d’EHPAD ! On compte également 1.011 salariés d’Ehpad contaminés dans les Yvelines, ce qui doit approcher des 20 %. Ces salarié.es, comme les agents hospitaliers, paient un (trop) lourd tribut à cette maladie !

Quelles mesures comptez-vous promouvoir pour améliorer le système de santé et celui de la prise en charge du grand âge et de la perte d’autonomie ainsi que pour revaloriser les métiers concernés (à domicile ou en établissement) et améliorer les conditions de travail ?

 

Le monde d’après ne peut pas être comme le monde d’avant, mais cela commence dès maintenant !

Nous nous opposons à une reprise d’activité alors que les moyens de protection font défaut, comme nous le signalent régulièrement les salariés toujours en activité sur site.

Etes-vous prêts à appuyer une sortie du confinement dans de telles conditions de flou, d’incertitudes, de manque de moyens de protection, avec de forts risques d’une deuxième vague de contamination alors que le personnel hospitalier est durement touché et épuisé ?

Afin de protéger l’ensemble des salariés et fonctionnaires infectés, nous vous demandons de légiférer et d’étendre à tous les salariés victimes du Covid-19 la reconnaissance automatique et sans condition en maladie professionnelle.

 

Voir notre article « Coronavirus, accident de travail et maladie professionnelle »

Voir notre article « Nos conseils face aux difficultés financières pendant la crise sanitaire« 

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