La non mixité des métiers, un frein pour l’égalité. L’exemple des assistantes maternelles

La nécessité de poursuivre le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes est souvent illustrée par la question de l’écart salarial, ou encore par la proportion de femmes dans les instances de direction des entreprises. Mais il existe un autre phénomène moins souvent cité, et qui explique, en partie, les deux autres : la ségrégation professionnelle et la dévalorisation des métiers majoritairement féminins.

Le site de la CGT Gagner l’égalité professionnelle

Très peu de métiers sont mixtes. On appelle mixtes les métiers où la proportion de chaque sexe est comprise entre 40 et 60%. Sur les 87 familles professionnelles recensées, seules 13 sont mixtes. Encore aujourd’hui, 47 % des femmes exercent dans seulement dix filières professionnelles et très rares sont les hommes qui s’orientent vers des métiers toujours vus comme dévolus aux femmes (aide à la personne, soin, propreté, coiffure, etc.).

Notons que le terme de mixité n’a fait son entrée dans le Code du travail qu’avec la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes.

Trois métiers considérés comme peu qualifiés de service aux particuliers (assistantes maternelles, aides à domicile et aides ménagères) comptent plus de 95 % de femmes. Il en est de même des secrétaires. Les aides-soignants et les infirmiers sont à près de 90 % des femmes. Ces professions regroupent des effectifs considérables et, en concentrant 20 % de l’emploi féminin, contribuent fortement à l’indice de ségrégation professionnelle.

L’histoire du métier d’assistante maternelle illustre plusieurs mécanismes qui pèsent sur les femmes pour accéder à l’égalité. Issu du métier de nourrice, la loi Roussel prévoit une XIXème siècle une surveillance médico-sociale, pour des raisons sanitaires et démographiques liées à la mortalité infantile. A la création des PMI après la Seconde Guerre Mondiale, ces services sont chargés de suivre les nourrices. Mais le métier n’a pas de vrai cadre légal avant 1977. Et c’est justement la généralisation du travail des femmes qui entraînent une demande plus importante et des exigences nouvelles sur ces femmes qui exerçaient sans statut professionnel ni formation. L’agrément mis en place en 1964 concernait obligatoirement les femmes mariées. Avec l’idée de salaire d’appoint, l’absence d’affiliation à l’URSSAF puisqu’elles étaient ayant-droit de leur mari, aucun encadrement pour les congés payés, ni concernant les indemnités de licenciement…

Réunion du syndicat CGT des assistantes maternelles et salariés du particulier employeur des Yvelines

Si aujourd’hui les ass mats ont une formation obligatoire initiale, et qu’il existe des formations professionnelles continues, l’accès en reste compliqué. Et un métier très proche, celui d’auxiliaire parentale, peut aujourd’hui être exercé sans la moindre formation préalable. Ce manque de reconnaissance, cette dévalorisation pèse sur les salaires. Les assistantes maternelles, qui travaillent pour un « temps plein » 50h par semaine, doivent cumuler plusieurs contrats pour avoir un salaire correct. Le taux horaire est en effet autour de 3€/h. Tout à fait légalement. C’est pourquoi la France ne peut pas ratifier la convention 189 de l’OIT sur les travailleurs domestiques…

Parce qu’elles sont supposées s’appuyer sur des qualités naturelles, les professions de femmes n’ont que peu fait l’objet d’un travail de construction juridique, dans les conventions collectives, ou statistique, dans les nomenclatures d’emploi. Les professions masculines sont à l’inverse décrites très précisément, à la fois dans les spécialités de formation et dans les grilles de classification

C’est sur le principe « à travail de valeur égale, salaire égal » de 1972 qu’on doit s’appuyer pour faire évoluer les choses. Un exemple venu du Canada l’illustre bien : un gardien de zoo est mieux payé qu’une gardienne d’enfants. La lutte actuelle des sages-femmes est emblématique : elles ont le droit de diagnostic et de prescription, elles assurent environ 80 % des accouchements sans pathologie, mais elles sont considérées comme du personnel paramédical. Leur rémunération s’élève à 1 621 euros en début de carrière, soit trois fois moins que celle d’un médecin.

Il faut donc pour avancer étudier ce qui définit le travail : les connaissances, les capacités, la technicité, les responsabilités, la charge physique et mentale, et réévaluer les salaires. Cela implique de réviser les critères de classification dans toutes les branches, c’est un énorme chantier.

Seule la revalorisation des métiers à prédominance féminine favorisera mixité des métiers et l’égalité professionnelle.

C’est pourquoi, dans l’avis CESE de novembre 2014 sur le sujet, le groupe CGT avait indiqué  « souhait[er] des préconisations plus contraignantes pour revaloriser les emplois à prédominance féminine au sein de grilles de classifications « revisitées » pour mieux reconnaitre toutes les composantes de la qualification notamment celles prétendument innées ou naturelles des femmes.
Puisque par le contenu de sa saisine, l’État manifeste clairement son ambition
d’améliorer la mixité des métiers, il lui est préconisé l’application du principe de « traitement égal pour travail de valeur égale » dans les grilles de rémunération »

Références :

guide pratique « un salaire égal pour un travail de valeur égale », « guide pour une évaluation non discriminante des emplois à prédominance féminine – Défenseur des Droits

Avis CESE novembre 2014 « agir pour la mixité des métiers »

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