Non respect des mesures de protection dans certains magasins et pénurie dans les hôpitaux

Ça y est : après les masques pour le personnel des établissements de santé (qui ne sont toujours pas livrés automatiquement ni en nombre suffisant dans certains établissements médico-sociaux, sans parler d’autres métiers, puisqu’il a fallu par exemple une intervention de la CGT mardi 7 avril pour que la Maison de l’Enfance à Mantes en reçoive), c’est à un manque de blouses pour le personnel hospitalier que nous risquons de connaître dans les Yvelines.

Nous ne pouvons nous contenter d’un constat de pénurie : qu’est-ce qui est mis en place pour trouver ou faire venir les matériels de protection qui manquent, sans bien sûr pénaliser d’autres territoires ou salariés d’activités essentielles ? Sous réserve qu’ils aient les qualités requises, pourquoi ne pas exiger des entreprises qu’elles cèdent les équipements qu’elles possèdent ? Nous pensons par exemple aux grands groupes de la restauration, collective ou rapide. Plutôt que de rouvrir les drives, McDonalds, dont le siège est situé dans notre département, ne devrait-il pas être contraint de contribuer à un effort qui pèse avant tout sur les particuliers et les salariés ? De même, Sodexo, là aussi une entreprise qui a implanté son siège à quelques centaines de mètres de Mc Do, a mis au chômage partiel une grande partie de ses salariés puisque les restaurants d’entreprise sont très majoritairement fermés. De nombreux sites de recherche existent dans le département, qui poursuivent leurs activités, par exemple dans l’automobile (PSA Vélizy et Carrières sous Poissy notamment). Ariane aux Mureaux fait venir sur son site plusieurs centaines de salariés par jour. A chaque fois, cela implique également de l’activité pour les entreprises sous-traitantes et/ou des intérimaires, dans des conditions généralement encore moins bonnes.

Le personnel soignant, dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les structures d’hébergement pour enfants, personnes en situation de handicap ou personnes précaire, paie déjà un lourd tribut non seulement au Covid-19 mais aussi au manque de moyens et d’anticipation.

Dans les entreprises privées ou les collectivités locales, le suivi des contaminations, l’identification des cas-contacts pour leur isolement sont laissés au bon vouloir des employeurs. Le refus de communiquer de manière transparente crée de l’inquiétude chez les salariés et nous laisse craindre que certains employeurs ne mettent rien en place.

Prenons l’exemple de Castorama : les salariés ont appris que des collègues ont été contaminés, mais l’entreprise préfère chercher des volontaires pour ouvrir de plus en plus (point retrait, et peut-être bientôt les livraisons à domicile) en leur faisant signer une attestation qui renvoie la responsabilité aux salariés alors que l’employeur a une obligation de résultat dans la préservation de la santé de ses salariés ! A Monoprix Parly 2, c’est la même chose : c’est « par la bande » que l’existence de salariés contaminés s’est faite, alors que régulièrement la distance de sécurité n’est pas respectée par les clients, que l’entreprise laisse les cabines d’essayage ouvertes (donc des clients essaient des vêtements, les reposent…), qu’elle fait appel à des auto-preneurs pour la mise en rayon, sans compter qu’elle ne filtre pas les entrées… A Auchan Plaisir, seuls 50 clients sont autorisés en même temps dans le magasin, à Monoprix Parly 2 qui est nettement plus petit, il peut y avoir une centaine de clients simultanément !

A quoi sert de développer des applications numériques, qui par ailleurs suscitent forcément des questions en termes de protection des données et de libertés individuelles, si l’on ne met pas en place, dès maintenant, les mesures pouvant limiter plus fortement encore la propagation du virus ? Qu’en sera-t-il quand de plus en plus de commerce vont rouvrir ? Nous avons lu la fiche conseil « commerce de détail » du Ministère du Travail. Il est indiqué de mettre en place un plan de nettoyage (sans qu’aucune périodicité ni aucun type de produit ne soient recommandés… pas plus qu’un filtrage à l’entrée pour limiter le nombre de clients simultanément présents) : comment peut-on nettoyer les objets mis en vente et touchés par les clients, dans de nombreux cas ?

Il est urgent de développer une politique de dépistage, notamment dans les structures de la santé, du social et du médico-social, mais aussi dans toutes les activités essentielles qui ne sont pas de ce secteur, d’imposer aux employeurs le suivi des cas contacts, de faire en sorte que les transports en commun ne deviennent pas un nouveau vivier de prolifération du virus. La mise à disposition, gratuite et généralisée de masques, de qualité suffisante doit être une priorité, en premier lieu pour les salariés des activités essentielles qui sont nombreux à en être privés. Dans des maisons de retraite, comme celles de Korian à Poissy (où il y a au moins 16 décès de résidents, plusieurs salariés contaminés et arrêtés ou hospitalisés dont des IDEC, IDER, gouvernante, directrice ou directeur…), les salariées demandent des masques FFP2 pour travailler mais comme il n’y en a pas assez, on leur répond que c’est réservé aux salariés pour certaines tâches concernant les cas suspects ou avérés, mais au vu du nombre de contaminations, tant chez les résidents que le personnel, faut-il encore une fois attendre des symptômes pour protéger ces salariées qui tiennent bon malgré la peur, malgré l’horreur, malgré la tristesse ?

Evidemment, dans ces conditions, la priorité n’est pas le redémarrage de l’économie, qui n’a guère de sens, à la fois parce que l’enjeu sanitaire reste de protéger la santé de la population en évitant déplacements et contacts, et que face à une crise absolument mondiale, ce n’est pas la compétition capitaliste qui doit guider les actions mais la solidarité la plus grande, tant sur le territoire français qu’au niveau international.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *