Sortie du confinement : des problèmes insolubles pour protéger salariés, enfants et usagers ?

L’annonce d’une sortie progressive du confinement a visiblement été prise par une large partie de la population comme un moyen de contraindre les salariés à accepter un retour au travail pour ceux qui sont en télétravail ou en chômage partiel et par de nombreuses entreprises comme un feu vert immédiat à la reprise d’une activité plus intense, ce qui est gros de risques sanitaires.

 

Le motif officiellement évoqué par le Président de la République pour rouvrir les écoles a été la lutte contre les inégalités. Les premières pistes évoquées sont pourtant loin de répondre à cet enjeu, déjà délaissé avant la crise sanitaire et qui ne semble pas plus prioritaire aujourd’hui ?

Pourquoi ne pas faire revenir à l’école uniquement les enfants en difficulté, si tel est l’objectif affiché dans le discours présidentiel ?

Aujourd’hui, de nombreuses familles sont inquiètes concernant la sécurité sanitaire en milieu scolaire. L’annonce de l’arrêt de l’indemnisation « garde d’enfants » à compter du 1er juin met de fait fin à toute possibilité de volontariat.

Pour la CGT, nous estimons que ce n’est pas aux salariés d’être victimes de cette crise sanitaire et sanctionnés financièrement par les mesures de confinement et c’est pour cela que nous réclamons le maintien de leur salaire ou de leur allocation chômage à 100 % quelle que soit leur situation de (garde d’enfant, arrêt lié à la vulnérabilité ou chômage partiel) sur l’ensemble de la période de confinement.

 

Les questions que posent la réouverture des établissements scolaires semblent insolubles, et les réponses, mais aussi les risques, vont reposer sur le personnel de l’Education Nationale et des collectivités locales, qui par ailleurs manquent de moyens humains, financiers et matériels. Encore une fois, où est la lutte contre les inégalités ?

Qu’est-il prévu pour les enfants en situation de handicap et leurs accompagnant.es AESH ? Certain.es de ces salarié.es, particulièrement précaires, mal payé.es, mal formé.es et peu considéré.es, sont affecté.es sur plusieurs écoles et la réalité de leur travail les conduit à être à quelques dizaines de centimètres des élèves. Les conditions de travail des ATSEM sont d’ailleurs similaires.

Quelles mesures de désinfection, des locaux et du matériel (notamment dans le premier degré et l’enseignement professionnel) et comment seront-elles financées ? Quelles mesures de protection pour les salariés effectuant ces tâches, qui sont parfois employés par des sociétés sous-traitantes privées et souvent défaillantes dans la fourniture d’équipements de protection ?

Qu’en est-il de la restauration scolaire ? Son rôle face à la pauvreté est apparu plus nettement au cours de cette crise et l’absence de cantine va pénaliser les enfants des familles les plus précaires.

Sans attendre le 11 mai, de nombreuses entreprises font revenir sur site jusqu’à des centaines de salariés (quand elles ne sont pas restées ouvertes en permanence, ne prenant même pas le temps de fermer pour repenser l’organisation du travail et l’adaptation au risque sanitaire biologique, quitte à mettre aujourd’hui les salariés en activité partielle faute d’activité), les enseignes de l’alimentaire veulent revenir aux anciens horaires et arrêtent le filtrage des clients (parfois tout simplement par manque de personnel).

Afin de rendre les choses plus concrètes, nous allons prendre l’exemple du Castorama des Clayes (enseigne qui a développé des protocoles détaillés), mais nous soulignons bien qu’il ne s’agit que d’un exemple de la difficulté à réellement faire respecter la protection des salariés au travail.

Voici ce qui a été constaté par une représentante du personnel CGT lors de ses passages sur site :

Lors de mon passage en magasin le 29 Avril, j’ai pu constater que les gestes barrières et les mesures sanitaires et sécuritaires n’étaient pas respectés

  • Une file importante de véhicules qui attendaient leurs marchandises
  • Plusieurs chariots de marchandises à l’extérieur de la zone de retrait 

Je vous rappelle que le process qui avait été acté était le suivant: “La marchandise n’était sortie que lorsque le client arrivait, et le client ne pouvait chargé qu’une fois le salarié parti…” But du retrait sans contact!

Lors de mon passage au bâti ce n’était guère mieux 

  • Plusieurs véhicules en même temps à l’intérieur 
  • Proximité des clients à -1m des vendeurs
  • Tous les vendeurs ne portaient pas de masques

Lors de mon passage en caisse, j’ai pu constater une anomalie dans leur aménagement. En effet aucune ouverture n’a été réalisé, pour permettre à l’hôtesse de scanner les articles depuis sa chaise. Le système actuel, impose donc à l’hôtesse de rester 95% de son temps de travail debout, ce qui risque d’engendrer des problèmeq de dos, des douleurs musculaires et autres pathologies.

Par mail en date du 20 Avril, je vous avais demandé que les agents de sécurité soient équipés de masques. Soit fournis par leur employeur ou dans le cas contraire fourni par le magasin. Lors de mon passage hier en magasin, j’ai pu là encore constater que ce n’était pas respecté. 

Les salariés de la sous-traitance, dans le nettoyage et la sécurité, sont de plus en plus nombreux à aller travailler, alors que la plupart des entreprises qui les emploient ne leur fournissent aucun équipement de protection. Dans plusieurs cas, ce sont les représentants du personnel CGT qui ont fait en sorte que l’entreprise cliente fournisse des masques aux salariés prestataires. Certaines entreprises commencent à réfléchir à la réouverture de la restauration collective, tandis que d’autres qui ont absolument refusé de fermer depuis le début du confinement, ne serait-ce que pour la désinfection des locaux et une réflexion sur la réorganisation de l’activité en tenant compte des mesures de protection envisagent aujourd’hui du chômage partiel. C’est notamment le cas de la société Bronzavia à Sartrouville, où il a fallu la détermination de notre élue CGT au CSE et un suivi conséquent de l’inspection du travail pour que des mesures soient prises.

La question des salariés d’entreprises prestataires et intérimaires est essentielle. Ces salariés, notamment dans les métiers du nettoyage, de la restauration collective ou de la sécurité, ont peu de contact avec leur employeur, vont rarement dans les locaux de leur entreprise. Ils travaillent souvent sans aucun équipement de protection, sans information sur le coronavirus et les modalités de contamination, d’autant plus s’ils ne maitrisent pas le français. Ils peuvent intervenir sur plusieurs sites et sont de ce fait à la fois particulièrement exposés.

Quelles mesures sont prises pour protéger ces salariés, aussi bien du côté de leurs employeurs que du côté des entreprises utilisatrices, qui ont également une responsabilité à leur égard ?

Ce sont aussi les secteurs, avec le bâtiment, où travaillent de nombreux salariés étrangers, parfois sans-papiers. A quand une mesure de régularisation généralisée qui mettrait un terme à la précarité administrative et à l’imposition par des employeurs de conditions de travail indignes ?

Si la poursuite du télétravail quand il est possible semble une évidence, nous tenons à rappeler que celui-ci s’est mis en place le plus souvent de dans mauvaises conditions et qu’il convient d’y remédier car c’est tout à fait possible sur certains points : adaptation de la charge de travail aux réalités (notamment le cumul télétravail- garde d’enfants/continuité pédagogique, qui ne devrait en théorie pas exister), prise en charge des frais par les employeurs, fournitures de matériel (équipement informatique ou repose-clavier, repose-poignet pour limiter les troubles musculosquelettiques…), respect des temps de travail et du droit à la déconnexion.

Aucune crise ne se règle par des mesures sécuritaires, et c’est à cette catégorie qu’appartient le traçage numérique. Les atteintes aux libertés individuelles seraient réelles avec de tels outils, qui ne font l’unanimité ni dans la communauté scientifique ni dans celle du numérique. Nous vous renvoyons à la tribune signée notamment par l’UGICT-CGT et la Quadrature du Net parue dans Le Monde.

L’exemple des débuts de l’épidémie liée au VIH devrait inspirer des leçons et d’autres solutions. La vision induite par un outil de traçage numérique est bien particulière : cela focalise l’attention sur les individus, laisse se développer l’arrière-pensée que les personnes contaminées ou exposées pourraient être responsables ou dangereuses pour les autres. Il y a eu suffisamment d’exemples dans la presse de réaction de rejet venant de voisins d’agents hospitaliers pour établir un risque de stigmatisation. Or tout ce qui vient stigmatiser est totalement contre-productif en matière sanitaire ou sociale. Cela conduit à l’effet inverse de celui recherché : refus de déclaration, de dépistage ou de recours aux soins notamment. Ce qu’il faut développer, c’est une mise à disposition massive et gratuite de moyens de protection (masques, gel hydroalcoolique), c’est une politique de dépistage ambitieuse et largement accessible, y compris sous forme anonyme, c’est une politique d’information et d’éducation scientifique, c’est de développer une prise en charge sanitaire et sociale humaine.

Le manque de moyens matériels et humains, résultats de nombreuses années de politique d’austérité et de casse de la Sécurité Sociale, de la santé publique et du social est en grande partie responsable de l’ampleur de l’épidémie. Le désastre des décès et contaminations dans les EHPAD en est une illustration parlante : l’absence de tests, la mise à disposition tardive de masques et équipements de protection, en plus du manque chronique de personnel, ont conduit au décès en établissement de 368 résidents d’Ehpad dans les Yvelines (ceux-ci étant à environ 80% privés et souvent lucratifs, avec un prix médian de l’hébergement de 3000€). Il y avait au 24 avril 398 décès hospitaliers recensés dans les Yvelines. La moitié au moins des décès liés directement au Covid-19 sont des résidents d’EHPAD ! On compte également 1.011 salariés d’Ehpad contaminés dans les Yvelines, ce qui doit approcher des 20 %. Ces salarié.es, comme les agents hospitaliers, paient un (trop) lourd tribut à cette maladie !

Afin de protéger l’ensemble des salariés et fonctionnaires infectés, nous demandons l’extension à tous les salariés victimes du Covid-19 la reconnaissance automatique et sans condition en maladie professionnelle.

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