TVM : récit d’une mobilisation gagnante des salariés

TVM est une entreprise de 150 personnes filiale de la RATP. Nous avons eu plusieurs luttes dans le passé. En 2014, la CGT est passée syndicat majoritaire. II y a 3 syndicats chez nous : CGT, CFDT et FO.

 

En 2017, pendant les NAO (négociation annuelle obligatoire), nous avions préparé des revendications « light », car peu après nous avions les élections professionnelles le 18 septembre. Par expérience, en nous montrant trop exigeants, nous risquions de perdre des voix car les salariés ont tendance à retenir les échecs. Malgré nos revendications, l’employeur les a toutes refusées, au motif qu’il n’y avait pas d’argent.

Du coup, nous avons consulté les salariés. Nous avons demandé une expertise pour comprendre la situation. L’employeur s’est insurgé et a dit : « ça va coûter 17 000 €. J’aurais pu utiliser cette somme à autre chose ! ». Je lui ai répondu qu’il m’avait dit qu’il n’y avait pas d’argent et que l’expertise servira à expliquer aux salariés l’absence d’argent.

L’expertise a montré que l’employeur avait augmenté les chefs d’équipe. Je n’ai rien contre eux, tant mieux pour eux. Il avait également augmenté les salaires des RH. Alors, nous avons aussi voulu une part du gâteau.

Nous avons réuni tout le personnel, car vous pouvez avoir un beau discours, si vous n’avez pas les salariés derrière vous, « c’est mort ». Par contre, une réunion du personnel à 80 ou 90 un vendredi soir, il ne faut pas se louper, car dès le lundi matin le patron cherchera à savoir ce qu’il s’est passé : est-ce qu’il y avait du monde ? qu’est-ce qui a été discuté ?

Donc réunion avec les salariés, explications, sans prononcer le mot « grève ». Sinon ils se braquent parce qu’ils pensent que nous voulons la grève pour la grève. Nous leur expliquons qu’il n’y a plus d’argent, que nous

avons fait des propositions, mais l’employeur les a toutes rejetées. Nous avons fait des tracts avec le compte rendu de la réunion.

 

Au cours de la deuxième réunion, l’employeur est resté sur ses positions : pas d’augmentation compte tenu du contexte économique difficile. Nous nous réunissons avec d’abord avec les syndiqués pour savoir si on y va ou pas, puis organisons la deuxième réunion avec le personnel. Nous informons les salariés que c’est la dernière réunion avec un nouveau tract. Le texte du tract se montre plus incisif : « Attention les gars, ça risque de péter… »

 

Avant d’entrer en grève, nous devons d’abord déposer une alarme sociale 15 jours avant. Autant dire que pour maintenir les salariés en pression c’est difficile. Nous avons déposé l’alarme sociale. Nous avons eu une réunion, une deuxième, puis une troisième. Elles n’ont rien donné. Nous avons insisté sur les réunions pour bien montrer aux salariés que le but était la négociation et non grève. Mais quand le temps de la négociation arrive à son terme, nous n’avons pas à nous excuser de faire grève. Nous avons fait un sondage auprès des salariés, car il ne faut pas se retrouver seul au lancement de la grève.

Nous commençons la réunion du personnel. La conclusion des salariés est : « on y va ». Comme nous rentrons dans un contexte de rapport de force, nous changeons nos revendications. Si jusqu’ici nous demandions 1% d’augmentation, la prime du dimanche à 30 €, c’est sûr que maintenant ce sera 3% et 75€.

Nous lançons le préavis de grève, nous choisissons la date stratégique : « à la rentrée scolaire, ce sera un gros bazar avec les mairies qui vont appeler ». Nous nous coordonnons avec l’Union locale CGT de Mantes.

Première journée de grève 

L’employeur n’a pas compris nos nouvelles revendications. Nous lui avons expliqué. Comme partout, dans les réunions du personnel il y a des salariés « qui sont chaud comme la braise ». Ils qui disent « il faut y aller ! ». Et quand vous déposez le préavis ils viennent vous dire : « tu comprends, j’ai des problèmes… J’ai la pension… le loyer ou le crédit de l’appartement, … ». Du coup, il faut leur expliquer avec beaucoup de patience et de pédagogie. Il faut faire des tracts, les distribuer à 4 heures du matin. Vous ne comptez pas votre temps. C’est beaucoup de travail.

Dans le mouvement, la CFDT n’a pas suivi, FO s’est raccroché aux wagons. Nous avions un taux de 92%. Il y avait des contrôleurs, des conducteurs, des administratifs… La direction ne s’attendait pas à un tel résultat. Elle a tenté de faire un geste : « 1% d’augmentation générale, pour les chèques vacances c’est un peu plus compliqué, je peux faire un geste de 50 que je peux vous donner, mais tout le reste ce ne sera pas possible. » Nous lui avons répondu que nous allions faire un compte rendu aux salariés.

sible. » Nous lui avons répondu que nous allions faire un compte rendu aux salariés.

Pendant ce temps, nous avions organisé un programme festif, car aujourd’hui il est nécessaire de vraiment occuper les salariés grévistes. Nous avons fait un compte rendu à 16 heures pour leur expliquer les avancées.

Deuxième journée de grève

Le taux de participation grimpe encore et passe de 92% à 94%. D’autres sont rentrés dans la bataille. Le directeur fait de nouvelles propositions : « je vais donner une prime pour la catégorie des contrôleurs, une prime pour les agents d’accompagnement, une prime de 80 par mois », on s’est dit que s’était pas mal, ils étaient une vingtaine. Nous avions demandé d’intégrer les primes dans le salaire de base. Il a dit « niet ».

Avant de partir sur une troisième journée, nous nous sommes réunis. « On continue ou pas ? car les gens commencent à tirer la langue, non ? Qu’est-ce qu’on fait ? ».

Troisième jour de grève

Le taux de participation à la grève augmente encore (96%). Nous sommes les premiers étonnés et très contents. A la réunion des salariés, nous les avons informés que : « le patron jouait le pourrissement du mouvement. »

A la fin de la journée, celui-ci nous a reçu et a proposé : « une prime passant de 12% à 30%, la réorganisation des plannings qui initialement commençait à 5h et finissait à 14h. Nous avions estimé que la plage horaire était trop longue. Nous voulions 13h30 car nous nous étions rendus compte qu’il y avait beaucoup d’accidents entre 13h30 et 14h30. Ils étaient dus à la fatigue.  Le patron a répondu qu’il « pouvait faire un petit geste ».

Concernant la formation FCO (formation au renouvellement obligatoire à la conduite des bus) qui se faisait dans l’Essonne et dans les Hauts de Seine, nous avons obtenu de l’employeur qu’il la fasse au dépôt. Nous expliquons les avancées aux salariés, ils répondent que « ce n’est pas assez. Il manque la prime des assureurs, la prime de comptage… »

On veut repartir sur une quatrième journée, mais le directeur intervient et demande à discuter. « Sur vos neuf propositions, je suis prêt à en accorder 7. » dit-il. « Intégration de la prime de 150€ annuelle dans le salaire, les contrôleurs qui avait une prime d’intéressement de 12% sur les PV, elle passe à 30%, la prime de 80€ pour les agents d’accompagnement maintenue… »

Maintenant que nous avons « les pieds dans le plat », nous devons demander de nouveaux droits, du moins nous devons essayer. Tant pis pour lui, il l’a bien cherché. A propos de l’amplitude horaire de 12 heures consécutives, la convention demande une prime. Il y a qu’à en inventer une autre plus avantageuse : 11 heures par exemple. Le directeur refuse : « il y a eu un appel d’offres, ce n’est pas possible par rapport à la concurrence ». Nous lui répondons : « c’est vous qui l’avez voulu, c’est comme ça, on ne lâchera pas ». Il ajoute « on met ça de côté, on va voir ».

De retour au dépôt, les assureurs, qui pallient aux absences des salariés pour conduire, ont une prime de 120 € par mois. Nous exigeons qu’elle passe à 145. Le dimanche nous avons une prime de 30 €, elle passe à 75 €. Nous nous étonnons qu’il accepte si facilement. En fait, il a vu qu’il y avait des salariés qui n’avait jamais fait grève jusqu’ici. Christelle, « super gentille » est rentrée dans le mouvement. Tout le monde s’est étonné, sa participation en a entrainée d’autres dans son sillage.

Le directeur, qui craignait la propagation du mouvement, a consulté Paris. Stratégiquement, il voulait faire passer ça pour un conflit « communautaire », y intégrer les jeunes du quartier, les femmes, les blancs, les noirs, … pourquoi pas, mais ce n’est pas le sujet. Ce qui compte pour nous c’est l’intérêt du salarié. Il a dit « écoutez, on arrête là on signe le protocole de fin de conflit, nous sommes prêts, je le prépare et nous signons ». Je sors et nous faisons un compte rendu. Je reviens et lui dis : « vous avez oublié une chose. Cela fait 3 jours qu’on est en grève, c’est de votre faute. Nous demandons le paiement des jours. » Il répond que c’est hors de question « c’est de la surenchère, c’est non ! »

Je retourne vers l’équipe. Si nous partons pour une quatrième journée et que le taux de participation des salariés baisse, ou si les salariés disent que nous sommes trop gourmands, on fait quoi ?

4eme jour de grève

Vers 5h30 du matin, nous distribuons des tracts à la gare pour informer les usagers. Nous avons écrit que : « l’employeur ne veut pas nous payer les 3 jours de grève alors que la CGT propose soit un décomptage sur le salaire, ou sur les congés payés. »

Arrivé à 9 heures, le directeur nous indique qu’il a trouvé un accord sur le paiement des jours de grève. Tous les grévistes doivent se rapprocher du service paie. Il est midi. Mais si nous signons maintenant, ceux qui sont de l’équipe de l’après-midi vont rouler. Finalement, nous avons signé à 14h. Nous avons organisé une fête et invité un groupe de musique.

Nous avons obtenu 1%, 155€ de prime, 30% d’intéressement pour les contrôleurs, la prime pour les agents, la mise en place de la prime d’amplitude des 11 heures, la réorganisation des plannings, le retour de la FCO, la prime pour les assureurs … Nous avions demandé aussi des cartes déjeuner.

L’employeur nous a proposé de revenir sur ce sujet l’année prochaine, tout en nous donnant sa parole. Nous lui avons répondu « votre parole ? » Mais cela ne marche pas comme ça, tout doit être écrit dans le protocole de fin de conflit.

Et les suites ?

Lors des NAO 2018, la CGT a fait 8 propositions. 7 ont été acceptées. Nous avons fait un retour aux salariés en leur montrant l’effet de la grève qui continue à produire ses effets. En insistant sur le fait que s’il nous a donné ce qu’on demandait, ce qu’il a compris que le rapport de force l’année passée était en notre faveur. Pour éviter un nouveau conflit, il nous a donné tout de suite ce qu’on avait demandé.

Pour conclure, une lutte bien menée, efficace, quel que soit le secteur, permet d’aboutir à un résultat.

Certes, il faut faire preuve de pédagogie : expliquer, puis répéter souvent, insister sur le fait que la CGT n’est pas là pour embêter le monde. Au contraire, si nous sommes bien organisés, avec une stratégie définie ensemble, une communication claire, nous pourrons mieux négocier, et mieux proposer. Et puis si cela n’aboutit pas, dans ce cas seulement, on utilise le rapport de force et on y va. De plus cela fait « tache d’huile » auprès des autres services ou entreprises.

Résultats aux élections professionnelles : 66 % des voix en présence de deux autres syndicats.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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